Dépassons cette déchéance ! Vœux politiques binationaux 2016 pour la gauche française

En 2016, il nous faudra savoir dépasser la colère.  

En 2016, il nous faudra lutter contre cette déchéance. Inutile de s’étendre longuement sur ce qu’elle représente. Les meilleurs experts en antiterrorisme, Marc Trevidic en tête, ont expliqué en quoi cette mesure est inutile, inapplicable, absurde. La modification de l’article 34 de la Constitution qui nous est annoncée soulève par ailleurs bien des questions qui ne concerneront pas, à terme, que les criminels de Daech. Elle permet d’envisager la déchéance pour d’autres crimes, dont la liste n’est pas limitée. 

Rejeter ce projet s’impose donc à nous comme une évidence. 

En 2016, il faudra nous forcer à dépasser les leurres qu’on nous tend. La déchéance est aussi un leurre. Ceux qui l’ont proposée, en contredisant ce qui était la veille une position unanime de leur propre camp, pouvaient difficilement ignorer qu’ils diviseraient la gauche. C’est donc qu’ils l’ont voulu. Pensons aux milliers d’heures consacrées à s’indigner sur les réseaux sociaux, à écrire des articles, à armer des argumentaires et à en démolir d’autres. Que pourrions-nous faire à la place ? Tout simplement, creuser d’autres questions. Comme le contenu de la constitutionalisation de l’état d’urgence. Les réponses de politique intérieure et extérieure à apporter après les attentats. La politique sociale et économique.

Soyons clairvoyants. Pour une heure consacrée à cette déchéance ou à la prochaine provocation qui nous sera destinée, il faudra en consacrer le double à décoder d’autres débats.

En 2016, il nous faudra récuser une manière toxique de faire de la politique. L’enjeu, c’est le cercle vicieux xénophobe dans lequel ce pays est rentré depuis des années. Les partis dits républicains sont supposés circonvenir et combattre le FN, vitrine officiel de la xénophobie en politique. Or, de plus en plus souvent, ils enchaînent les emprunts à ses idées. Dénoncer avec véhémence, pendant des années, une position, la qualifier de nauséabonde (Valls, en 2010), pour ensuite s’y rallier équivaut à décomposer les repères qui structurent le champ politique. Invoquer les principes républicains puis jouer avec comme s’il s’agissait de pions, saper l’analyse rationnelle des problèmes et des solutions en usant de la provocation, jouer des émotions pour esquiver le fond. C’est tout ce que nous détestions dans le sarkozysme.

Rejetons ce sarkozysme toxique, maintenant pratiqué par François Hollande et Manuel Valls.

En 2016, il nous faudra échapper à une stratégie destructrice. À court terme, le gouvernement espère une triangulation réussie. Mais voilà : le court terme, aujourd’hui, c’est vraiment très court. Chaque camp se repositionne déjà. Thierry Mariani veut interdire les mandats aux binationaux. Nicolas Sarkozy ressort les racines chrétiennes. Qu’espérait-on ? Quelle est la prochaine étape ? François Hollande compte bien profiter du système électoral. Il espère susciter un duel face à Marine Le Pen. Peu importe qu’il contribue à l’installer comme force d’alternance crédible. Peu importe que rien de tout cela ne lui garantisse le succès.

Pensons plutôt au long terme, dans les discours comme dans la stratégie.

En 2016, il faudra nous rappeler le rôle de la gauche pour concevoir un projet. Le rôle de la gauche, c’est de permettre l’émancipation de tous. C’est de diagnostiquer les problèmes sociaux, et de proposer des transformations. C’est aussi faire tout cela en combattant la logique du sarkozysme et les stratégies qui ouvrent la voie à l’extrême-droite. La gauche n’a pas tout raté. Mais globalement, nous ne réussissons plus à être à la hauteur avec ces institutions politiques pyramidales, dans lequel le conseiller du Président tout-puissant a plus de pouvoir qu’un groupe parlementaire entier.

Acceptons le défi que ni Mitterrand ni Jospin n’ont relevé. Définissons une perspective pour la sortie de la Vème République.

En 2016, il nous faudra trouver quoi faire du PS (français). Rester ou partir ? C’est une question à traiter sans anathème. Chacun doit faire selon sa conscience, pour apporter sa pierre au mieux. Si le PS se maintient après la fin de ce triste quinquennat, il y faudra des gens armés de convictions républicaines fortes. Il faudra également d’autres mouvements de gauche, assez forts pour peser.

Parlons entre militants, testons les solidarités. Au local, au national, à l’européen, assurons-nous des principes qui nous sont les plus chers. Préparons nos choix pour demain.

Bonne année 2016 !