Europe barbare, enjeux de mémoire (1945-1950)

Pourquoi écrire un billet sur un livre qui a déjà reçu tant de critiques, souvent élogieuses, souvent aussi mieux écrites que ces quelques lignes ? (la vraie réponse est à la fin du post)

J’ai d’abord eu envie de partager ce que j’ai appris sur la seconde guerre mondiale et surtout sur les années qui ont immédiatement suivi, et sur lesquelles porte principalement le livre de Keith Lowe. J’ai gagné des éléments de compréhension non négligeables de l’histoire contemporaine et même de l’actualité européenne :


  • J’ai mieux perçu que notre continent n’avait pas vécu, à partir de 1939, une guerre avec deux camps. Mais plutôt un enchevêtrement de conflits : guerre contre les totalitarismes, conflits idéologiques variés, conflits ethniques dans d’innombrables régions, conflit social et luttes de classes. Avec pour résultats des génocides, des famines, des déportations de masses dans tous les camps, le chaos, la destruction des repères moraux.
  • J’ai beaucoup appris sur des événements tragiques passés au second plan de notre mémoire : la poursuite des persécutions anti-juives APRÈS la libération des camps et y compris dans des pays « libérés ». L’expulsion forcée de millions d’Allemands. Le nettoyage ethnique croisé entre Pologne et Ukraine, avec la complicité de l’URSS. Les tueries entre Serbes, Croates, Slovènes dans le contexte des derniers mois de guerre, qui annonçaient les rebondissements des années 1990.
  • J’ai relu des explications plus détaillées que jamais sur la mise en place du glacis soviétique en Europe de l’est, avec des récits détaillés des événements dans des pays comme la Roumanie, trop méconnus. Mais aussi compris la symétrie avec la guerre civile et la préparation de la dictature en Grèce, phénomène inverse mais curieusement similaire.


Pourtant, la vraie raison de ce billet, c’est la suivante. Je souhaitais citer pour mes amis et lecteurs le beau paragraphe suivant, tiré de la conclusion de Keith Lowe et applicable à bien d'autres problématiques politico-historiques :

« Ceux qui veulent exploiter la haine et le ressentiment à leur avantage tentent de biaiser l’équilibre véritable entre une version de l’histoire et l’autre. Ils sortent les événements de leur contexte ; ils font du jeu des responsabilités un jeu à sens unique ; et ils s’efforcent de nous convaincre que les problèmes historiques sont les problèmes d’aujourd’hui. Si nous voulons mettre un terme à ce cycle de la haine et de la violence, il nous faut précisément agir à l’opposé. Nous devons montrer en quoi des conceptions contradictoires de l’histoire peuvent coexister. Nous devons montrer en quoi les atrocités passées cadrent avec leur contexte historique, et en quoi leur responsabilité n’incombe pas qu’à une seule des parties, mais à tout un ensemble de parties. Nous devons nous efforcer sans relâche de découvrir la vérité, en particulier lorsqu'il s’agit de statistiques, et ensuite mener notre quête à son terme. Après tout, cela appartient à l’histoire, et nous ne devons pas la laisser empoisonner le présent. »