De Merkel II à Merkel III: Evolution du paysage politique allemand (2009-2013)

Retrouvez ici ma note publiée par la Fondation Jean Jaurès en partenariat avec EuroCité.

Résumé :

Comment décrypter le nouveau paysage partisan allemand, au-delà de l’ordre d’arrivée et des écarts entre les formations politiques lors des législatives ? Le choix d’une nouvelle « Grande Coalition » est certes cohérent avec les précédentes expériences politiques de la République fédérale d’Allemagne, et avec les aspects les plus spectaculaires du résultat de l’automne dernier : l’élimination du parti libéral FDP et les contre-performances des alliés potentiels du SPD, les Verts.

Pour autant, l’évolution des équilibres politiques au cours des quatre dernières années recèle d’autres données plus profondes, qui ont pesé dans les choix de l’automne, et compteront également dans les prochaines années. Non seulement en raison des pouvoirs propres à chacun des Länder (États), mais également du fait des compétences du Bundesrat, l’autre chambre du Parlement fédéral, qui représente les gouvernements des Länder.

Malgré leur résultat décevant en septembre dernier et la domination écrasante des deux grands partis dans les deux chambres du Parlement, il apparaît notamment qu’au gré des scrutins locaux, y compris celui organisé en Hesse en même temps que les élections fédérales, les Verts ont acquis un poids politique inédit, qui les met en position d’influencer la politique fédérale via les coalitions auxquelles ils participent. Alors que le FDP, qui n’est plus représenté que dans un seul gouvernement régional, connaît un déclin tout aussi radical que lors du vote du 22 septembre dernier.

Une dernière donnée du scrutin législatif concerne la percée du parti de droite eurosceptique AfD qui, avec 4,7 % manque de peu son entrée au Bundestag. Cette inquiétante nouveauté peut être illustrée par le raccourci suivant : l’élection de 2013 clôt une législature marquée par une gestion « austéritaire », conservatrice et timorée de la crise européenne par Angela Merkel et Wolfgang Schäuble, et caractérisée par un discours (à usage interne) basé sur la défense des intérêts d’une puissance économique supposée vertueuse contre des partenaires européens taxés de laxisme. Elle se solde par l’annihilation d’un parti de centre-droit au libéralisme ouvert sur le monde, acteur historique de la construction européenne (le FDP), alors qu’un parti de droite dure et eurosceptique (l’AfD) connaît un essor au détriment du reste du spectre politique.

Retour sur quatre années qui ont remodelé le paysage politique allemand.